(Avertissement : toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existées ne seraient que pure coïncidence)

Un de mes amis m’a récemment demandé « quel est ton meilleur souvenir de l’année 2030 ? »

La question m’a désarçonnée  car je ne sais pas ce qu’est un souvenir !

Y-a-t-il dans ma mémoire un instant  qui m’aurait particulièrement marqué au cours de cette année ? Je ne sais que répondre.

Fait-il allusion à cette phrase de Paul Valéry que j’avais lue au siècle dernier : « La vieille armoire en chêne se souvient-elle du temps où elle avait des feuilles ? »

Je n’ai conservé au fin fond de mon cortex préfrontal que des images intemporelles susceptibles d’être passées, présentes ou futures. Le souvenir n’existe pas, c’est une reconstruction que nous faisons à partir d’images, de sensations soudain éveillées, de réminiscences physiques.  Un souvenir, c’est d’abord une histoire qu’on se raconte.

Alors, je vais vous raconter mon histoire.

Il y a bien longtemps, alors que j’appartenais à la grande famille des Lions du monde, j’avais participé à une commission éthique qui avait abordé la question du « transhumanisme ». C’était la première fois que j’entendais parler de ce concept, à la fois inquiet et séduit par cette possibilité de devenir immortel.

Aussi  très rapidement  j’ai accepté de faire partie de ces millions de volontaires que constitue la cohorte de la « V.I.E. » (Voyage dans l’Immortalité Extra-sidérale).

J’avais toutefois mis certaines conditions à ma participation au progrès et à l’évolution de l’humanité :

  • fournir un bénéfice et éviter tout préjudice à la personne
  • reconnaitre la dignité de l’individu et respecter ses décisions
  • s’engager dans les approches collaboratives en matière de recherche et de gouvernance dans le respect de la diversité des contextes culturels et ethniques.

 

Arriva enfin 2020, ce fut l’année de la mise en œuvre des techniques permettant  d’améliorer les caractéristiques et les capacités humaines telles que la force physique, ou encore accroître l’intelligence.

C’est ainsi que sur mon côté droit a été greffé  un bras articulé, connecté, capable de soulever des tonnes de fonte, équipé de ports USB et d’une plate-forme d’atterrissage pour mini-drone. Les capacités de cette prothèse est sans limite si ce n’est celle de mon imagination.

En 2025, j’ai bénéficié des thérapies pour réduire l’oxydation des cellules, responsables du vieillissement. En maintenant mes mitochondries dans un état sain, la médecine a réussi à endiguer la mort des cellules, voire les rajeunir. J’ai gagné 40 % de vie en plus grâce à ces techniques. C’est important vous ne trouvez pas ?

Enfin arriva l’année 2030, grâce à l’hybridation de mes cerveaux, reptilien, limbique et cortical, avec des nano-composants électroniques, j’ai pu disposer d’un pouvoir démiurgique. Mes pensées émanent d’un « cloud », un nuage artificiel en réseau, dans lequel je peux puiser toutes les informations que je souhaite. Il est même possible de remplacement des zones du cerveau défectueuses par des prothèses microélectroniques, pour lutter contre les maladies neurodégénératives.

Et pourtant, à quoi peut servir une vie où le corps serait éternel, si ce n’est qu’une longue route ennuyeuse où chaque moment serait répétitif à l’infini.

En bref :

Une vie à mourir d’ennui

 

GG 31 décembre 2030

NDLR : Promis dès demain j’arrête de fumer la moquette !!

Petit conte interdit au moins de 70 ans

 Tout a commencé par un coup de foudre entre le toit de mon cabanon et la mini tornade Cyané, un beau jour du mois de février 2018.

Des vacanciers ont raconté qu’en plein milieu de l’après-midi ce jeudi à Antibes, ils ont été surpris par un vent fort, des cris, des hurlements, et des dizaines d’objets qui s’élèvent dans le ciel. Comme l’explique Météo France, les tornades correspondent à des courants d’air ascendants et tourbillonnaires.

Mais revenons à mon toit, qui complétement aveuglé par son amour naissant pour Cyané (son nom signifie « azur bleu », tout un programme),  était prêt à la suivre jusqu’au plus haut des cieux.

Il abandonna donc, aux aléas des intempéries, la protection du matériel dont il avait la responsabilité créant ainsi un vide considérable pour s’envoler avec cette gourgandine céleste vers ce qu’il espérait être des instants idylliques.

Si Cyané est la déesse du vent, elle est aussi la femme d’Eole. Et ce dernier, dont la jalousie est bien connu plaqua au sol mon pauvre toit qui s’écrasa lamentablement, finissant là, comme un pantin désarticulé, ses rêves d’un utopique bonheur.

Je ne pouvais laisser mon pauvre cabanon dans cet état dépressif  qui le rendait encore plus vulnérable  aux affres climatiques. C’est avec courage et obstination que je me mis à réparer les dégâts du temps.

C’est alors que je redescendais avec la satisfaction du devoir accompli, ayant posé la dernière vis et donné le dernier coup de marteau, que nous nous sommes rencontrés.

Plié en deux sur le dernier échelon, elle me dit :

« Je m’appelle Hernie Ducale ». Hernie est un prénom peu populaire pouvant être porté par une personne de sexe masculin ou féminin, cela aurait dû me rendre méfiant.

En ce qui concerne « Ducale », je pense qu’elle voulait dire discale avec ce petit accent étranger qui permet de pardonner les fautes de prononciation.

A moins qu’en souvenir d’Alfred de Musset « pense aux caves du palais ducal. » dans le fils du Titien, elle s’imaginait issue d’un meilleur milieu que celui où elle était aujourd’hui. Ce qu’elle confirma en poursuivant :

« C’est injuste et humiliant, Je viens de me faire virer de mon logement, je viens d’être extradée. » Je pense qu’elle voulait dire extrudée, mais dans sa situation je ne voyais aucune raison de l’agacer davantage.

Et elle ajouta :

« Tu veux bien m’accueillir chez toi ? »

Courbé en deux sur le dernier échelon de mon escabeau, dans une position de soumission certes passive mais cependant totale, elle comprit très vite que je n’étais pas en situation de refuser.

Depuis, elle me suit partout. Prêchant la révolte jusque dans mon cerveau, ralliant à sa cause de fidèles compagnons d’armes ayant pour nom sciatique et crural qui m’ont toujours accompagnés où je voulais et qui maintenant rechignent à la tâche.

Je vis un véritable enfer et ne sais qui pourra me délivrer de cette arapède dorsale.

Si cela continue, alors moi aussi je vais pouvoir chanter : (sur un air de Michel Delpech)

« J’ai ma sciatique
Qui devient gênante.
Ma pauvre Cécile
J’ai soixante-quatorze ans.
Je fais d’la chaise longue
Et j’ai un home trainer.

Je traînais moins la jambe
Quand j’étais gouverneur. »

 Dans la série « les délires de GG » mai 2018

DISPARITIONS

Une enquête de Lio NHEURY

     Je n’avais que 34 ans et après des études de sociologie et de psychologie, option analyse comportementale des groupes, à l’Université de Cergy Pontoise, j’avais enfin trouvé une stabilité d’emploi avec un contrat de profileuse à la brigade nationale de répression du banditisme.
     Cette stabilité nouvelle m’avait donné envie de m’ouvrir un peu plus sur l’extérieur et entraînée par des amies j’avais adhéré à l’association « Organisation Contre l’Égocentrisme et les Addictions Narcissiques » (OCEAN), association qui avait pour objectif de combattre l’isolement grandissant de nos concitoyens et d’apporter un peu d’humanité dans notre environnement, les membres de l’association se faisaient appeler les « Neptuniens ».
Depuis quelque temps, les Neptuniens étaient affectés d’un mal étrange auquel on avait eu tort de ne pas accorder dès le début tout l’intérêt qu’il méritait. Les membres quittaient le mouvement !
     À de rares exceptions près, ces disparitions n’étaient pas l’œuvre, comme on aurait pu le penser, d’associations caritatives en mal de membres. Celles-ci recherchent fort peu cette espèce d’adhérents à la volonté plus tournée vers la réflexion que l’action depuis que le caritatif a repoussé le « siècle des lumières » au fin fond des gouffres de la connaissance.
     Les rapports des Enquêteurs de la Mission des Évolutions (EME) et de leurs supérieurs étaient formels et se recoupaient quels que soient les lieux et aussi éloignés soient-ils les uns des autres. Partout, des départs étaient constatés discrètement mais en nombres non négligeables.
Le Haut Comité, composé de 15 membres régionaux, présidé par un sage reconnu comme tel par l’ensemble des Neptuniens, commença à s’inquiéter sérieusement de cette hémorragie.
     C’est sans doute en raison de ma formation et du regard neuf et sans a priori que je portais sur l’association, que le Haut Comité me confia la mission d’analyser le pourquoi de ces désertions. Mission que j’eus le tort d’accepter sans savoir où elle allait m’entraîner.
     Avant d’étendre, si nécessaire, son enquête sur tout le territoire national, le Haut Comité choisit de commencer sur une zone en plein développement démographique, celle de l’ouest parisien.
Lors des entretiens auxquels j’avais été conviée dans le bureau du président du Haut Comité, au siège de l’association rue de la Coquille à Paris, j’avais cru comprendre, bien que l’on ne m’ait pas tout dit, que l’affaire dépassait largement les frontières de notre département. Dans « l’Ensemble du Monde du Silence (EMS) », on n’appréciait pas du tout ces disparitions. C’est donc qu’il y avait anguille sous roche et que ce dossier d’ampleur nationale nous mènerait loin pour peu que l’on sache en découvrir les raisons. À moi d’être à la hauteur de la situation.
Originaire du neuf cinq, habitant Beaumont sur Oise, je connaissais bien cette région ouest mais je ne me doutais pas des aventures et mésaventures que j’allais y vivre.
     On m’avait laissé carte blanche sur la manière d’enquêter, sous réserve d’être extrêmement discrète. Afin de n’éveiller aucun soupçon, je ne devais rencontrer ni les responsables des sections locales, ni les EME dont on m’avait confié, en grand secret, certains rapports. Lors de mon passage rue de la Coquille, j’avais eu le plaisir de rencontrer le responsable éphémère de la zone sur laquelle l’étude allait porter, homme possédant une assurance certaine sans pour autant nuire à son sens de la convivialité. Il m’avait, d’ailleurs, suggéré de m’immiscer parmi les membres locaux afin de pouvoir peu à peu recueillir des confidences qui me mettraient sur la piste. Malgré mon faible goût pour les agapes, je décidai de commencer à fréquenter les réunions de regroupement des présidents de sections locales, ces hauts lieux des racontars neptuniens.
   Mais comment y trouver la réponse à cette affaire qui menaçait les relations nationales ?

          La piste « conspirationniste »
     Au cours de ces soirées où chacun détenait sa vérité sur le sujet, il est apparu quelques fois des théories qui, bien que fantaisistes, pouvaient avoir un impact négatif sur la motivation des membres présents et donc à ce titre se doivent d’être relatées.
     Pour quelques-uns, peu nombreux il est vrai, il s’agissait d’une infiltration de l’OCEAN par les adeptes de la secte de scientologie, une sorte de pollution larvée indétectable pour les non-initiés. Pour d’autres, encore moins nombreux, il s’agissait d’agents dormants du marxisme-léninisme qui n’attendaient qu’un ordre pour déclencher le Grand soir de la lutte finale. A bien regarder les arguments avancés par les uns et les autres, on aurait pu, aussi, y ajouter toutes les théories des groupuscules agissants, y compris l’infiltration par les « Illuminati » manipulant notre mouvement dans le seul but d’asseoir leur pouvoir.      L’argument favori avancé pour soutenir cette thèse résidait dans la structure même de notre organisation répartie en 15 régions territoriales. Chacun sait que le chiffre 15 est la somme des nombres premiers 3, 5 et 7. Le trois étant le symbole de la hiérarchie divine, renverser le 3 est vous aurez le m, le aime d’Amour. Le chiffre cinq est dédié à l’humain, ce sont les cinq sens et les cinq doigts de la main. Le sept est le chiffre du rythme du sang, de la vie et donc de la mort.
     En écoutant ces propos, je ne pouvais m’empêcher de repenser à mes années de fac et à ces longues heures passées à essayer de comprendre le pourquoi et le comment de la « théorie du complot ». Selon Pierre-André Taguieff, sociologue et politologue français que j’avais eu comme professeur, le raisonnement conspirationniste « donne lieu à un débat inutile car la théorie du complot ne se prête pas à la réfutation ».
     À la réflexion, je n’avais pas le temps pour pousser plus loin mon enquête sur une telle piste qui risquait de m’attirer beaucoup de soucis et beaucoup d’ennuis. D’autant plus que les dégâts qui auraient pu être causés sur des sujets faibles par de telles théories, ne pouvaient atteindre les Neptuniens qui par leur maturité intellectuelle et leurs expériences étaient armés pour résister et étaient à l’abri de ces vicissitudes. 

             La piste de la pyramide des âges
     J’avais noté, dans les rapports que j’avais récupérés des EME, que figuraient des études statistiques particulièrement intéressantes concernant la moyenne d’âge des Neptuniens. Il ressortait, entre autres, que celle-ci était fort élevée, ce qui n’avait rien d’étonnant compte tenu de l’objet de notre mouvement.
S’intéresser à la lutte contre l’obscurantisme qui découle de l’égocentrisme et des obsessions narcissiques, fussent-elles sacralisées, n’était pas de nature à mobiliser les jeunes générations. Même si, en ce début de XXIe siècle, certains enseignants considèrent que les jeunes de nos jours semblent penser que tout leur est dû, sont-ils pour autant plus narcissiques, plus égocentriques et plus imbus d’eux-mêmes que les jeunes de ma génération, et donc plus incités à fuir les contraintes de l’OCEAN ?
     Cette population des moins de 35 ans était plus tournée vers une civilisation numérique où le « vivre ensemble » prenait un caractère virtuel, en particulier au travers des réseaux sociaux. On était encore loin des sections locales virtuelles dans lesquelles chacun pourrait participer quand bon lui semble au travers de forum publiés sur des webzines ou d’enrichir des clouds computing pour partager des ressources informatiques configurables.
    A ce stade de mon récit, il faut que j’évoque une aventure tout à fait interrogative.
Dans le cadre de mon infiltration parmi les Neptuniens, j’avais été invitée à participer à une réunion de l’atelier d’initiation et de réflexion, « AIR » dans le jargon Neptunien, des futurs chefs de file du mouvement qui devaient me permettre, du moins je l’espérai, d’observer le mécanisme de structuration intellectuelle de ces derniers. Je ne me souviens plus du sujet qui devait y être traité, en revanche j’ai été fortement interpellée par la méthode.
     Je profite de cet instant pour faire une pause dans mon récit et vous faire part d’une pratique qui semble courante chez les Neptuniens qui est celle de « l’embrassade ».
Il faut tout d’abord préciser et donc observer sans juger qu’il y a accolades et embrassades.
     Dans l’accolade, le contact des joues n’est pas une volonté affective affichée mais le simple signe que l’on appartient à une même communauté, au même groupe de pensée ou d’action. Il existe une hiérarchie dans l’accolade, celui qui la donne et celui qui la reçoit, et malheur à celui qui prend l’initiative s’il n’est pas hiérarchiquement supérieur.
     En ce qui concerne l’embrassade, la problématique est un peu différente. Car l’observation nous révèle plusieurs types d’embrassades qui se caractérisent par la position de la bouche du donneur et la joue du receveur. Il y a le « patin humide » qui est un signe d’amitié et d’amour, sentiment assez rare chez les Neptuniens même si le terme « amitié » est souvent utilisé. Il y a le baiser « bouche tordue », évitant le contact avec la joue qui témoigne d’une certaine reconnaissance mais sûrement pas d’une profonde amitié. Celui qui colle sa joue contre celle de l’autre, le tout accompagné d’une petite tape dans le dos, qui est plus du rituel que du transfert d’émotion et qui est proche de l’accolade.
Je suis certaine que vous n’aurez désormais plus le même regard sur les effusions dont vous serez le témoin.
     Je disais donc, après les embrassades de rigueur à la limite du rituel que je viens de décrire, tout le monde prit place autour de la table et on nous distribua, à chacun, un sac. Plongeant ma main dans celui-ci afin d’en découvrir le contenu, je fus interloquée. L’incrédulité faisant place à la surprise, je ressortais de l’enveloppe de tissus une poignée de petites briques, identiques en tout point à celles que, quelques semaines plus tôt, j’avais achetées, pour son Noël, à ma fille de quatre ans. L’animateur en charge de faire travailler notre créativité ayant décidé d’utiliser la méthode LEGO® Serious Play® qui permet de répondre à une problématique de groupe. Certes, un ancien chef de file m’avait expliqué, longuement, d’ailleurs même un peu trop longuement, que la main était l’outil permettant de passer de la pensée à l’action. Mais de là à vouloir exprimer les troubles de la personnalité borderline, histrionique voire antisociale en un jeu de construction primaire pour ne pas dire primitif, dépassait mon entendement.
     Et si j’avais trouvé là la cause des disparitions : une sénilité plus ou moins précoce ?
Grâce au ciel et surtout aux échanges qui ont suivi, au cours du repas, avec les uns et les autres, mon esprit fortement commotionné a repris peu à peu confiance dans l’état de santé psychique de mes coreligionnaires. Non, l’âge m’est apparu assez rapidement comme étant une cause très marginale et surtout naturelle pour expliquer ces disparitions.

             La piste financière et structurelle
Ce matin-là, je devais me rendre au siège rue de la Coquille pour assister à la réunion annuelle des Grands Argentiers du mouvement que l’on surnomme dans les sections locales « Les Orros de la finance » (faire la liaison). Sans doute en raison de leur présence partout et de la vélocité toute relative avec laquelle ils répondent aux questions posées. Comme chacun sait « Orro » est une marque très connue de bicyclettes belges. 
La circulation dans Paris étant de pire en pire, j’avais donc décidé de prendre les transports en commun et j’attendais le bus bien à l’abri sous un auvent « Tricot » quand j’eus maille à partir avec mon voisin. Ce dernier critiquait violemment et à voix haute le sourire éclatant d’une jeune femme qui resplendissait au centre d’une affiche vantant les mérites humanistes de l’association TIGRE (Talk and Intelligence are Great Recognition of Expression). Sans doute une campagne nationale de promotion comme j’en avais déjà vu pour la Roue, le Secours Populiste ou la Croix Verte (bien connue dans le Val d’Oise). J’avais entendu parler du TIGRE quand je cherchais à m’investir dans une association, mais je les avais trouvés un peu trop « boy-scouts » pour répondre à mes aspirations. Ces échanges verbaux se calmèrent avec l’arrivée du bus et 25 minutes plus tard j’étais devant l’entrée du siège.
L’ordre du jour portait sur une question souvent soulevée dans les sections locales : les participations financières des membres, dans un contexte socio-économique difficile, sont-elles sources de départ ?
Je dois vous informer que la grande majorité des présents étaient, soit des financiers, soit des comptables et j’avoue n’avoir rien compris lors des premiers échanges. Je vous fais juge en vous livrant les notes que j’ai prises en ce début de réunion :
« Des enquêtes de terrain restituent la perception de l’information concernant nos cotisations en toute honnêteté en démontrant pourquoi la force psychologique des individus et le contexte sociologique conditionnent la compréhension des informations délivrées ».
Au bord de l’endormissement, je compris que la participation financière des membres était à géométrie variable avec une part fixe dévolue au fonctionnement du mouvement et une part laissée à la libre appréciation des sections locales pour satisfaire leur bien-être au cours des agapes que j’ai déjà évoquées plus haut.
Après trois heures de débat intense, j’en avais déduit qu’il suffisait de se débarrasser des scories fonctionnellement inutiles, même si elles étaient fortement appréciées, pour aboutir à un prélèvement financier supportable par tous. Au fait, combien a-t-elle coûté cette réunion ? Encore une piste qui se terminait en impasse.


Mais… c’est bien sûr !
Voilà maintenant plusieurs mois qu’en toute discrétion je tente de remplir la mission qui m’a été confiée par le Haut Comité des Neptuniens.
Une certaine lassitude commence à m’envahir, même si chaque soir, nuit après nuit, je ressasse, je retrace, je reconsidère l’ensemble des hypothèses émises, qui à chaque fois m’ont conduite dans des impasses.
Un soir, alors que j’avais décidé de noyer ma déconfiture dans le chocolat et la liqueur de cerise réunis, je me mis à penser à Proudhon, Pierre-Joseph de son prénom. Il est en particulier l’auteur de cette formule devenue célèbre : « La propriété c’est le vol », voulant dire par là que la propriété privée est l’appropriation par un individu de ce qui appartient à la collectivité et c’est donc un vol. Le vol étant mal, donc la propriété c’est mal. Ce qui renvoie automatiquement à la notion de vol, qui serait une atteinte à la notion de propriété. Qu’en est-il de ces membres qui se sentent propriétaires de l’OCEAN ?
Et si tout simplement le mal était interne ?
À force de lutter contre ces maux qui frappent nos sociétés, à force d’expliquer, de démontrer les dégâts que peuvent causer l’égocentrisme, le narcissisme, les Neptuniens seraient-ils devenus les victimes inconscientes de leurs neurones miroirs ?
La confirmation du caractère mimétique de la pensée, au travers de l’objet c’est le modèle qui attire, n’est possible que par la présence dans le cerveau humain des neurones miroirs.


En résumé, les chefs de file neptuniens seraient-ils atteints de mégalomanie ?
Les chefs de file neptuniens auraient-ils été contaminés par un virus dont la caractéristique essentielle est une surestime de soi et de ses capacités. Dégradation psychologique qui entraîne une volonté de s’imposer et une absence d’intérêt pour les autres. Les Neptuniens seniors en seraient-ils arrivés à cultiver des fantasmes de puissance et de gloire, à s’attribuer des actes, parfois à la limite du crédible, pour se mettre en valeur, et y croire la plupart du temps.


Serait-ce là la cause profonde de la disparition des Neptuniens de base ?
Oserai-je, oserai-je présenter un diagnostic aussi douloureux aux membres du Haut Comité et surtout quelles mesures prendre pour éradiquer le mal ?

 

AUTOUR DU POIL

ou

Interrogation Capilopileuse.

 

Une interrogation relevant à la fois du social, de l’humain et de la médecine voire de l’anthropologie, perturbe le développement optimum des dendrites de mon cerveau :

Où finissent les cheveux, où commence le poil ?

Les femmes et hommes de l’art, figaro et autre barbier de « tout poil » (cf. ci-dessous) que j’ai interrogés, après m’avoir regardé avec le même étonnement que celui d’une poule qui a trouvé une fourchette, n’ont pu m’apporter de réponse satisfaisante à mon esprit.

Je me suis alors tourné vers la sagesse populaire au travers d’une analyse sémiologique des expressions avec poil, cheveu, ou barbe… !

          Tout d’abord, un peu de culture.

Le mot poil est issu du latin « pilus ». On retrouve cette étymologie dans l’anglais to peel, peeling etc. Rien d’étonnant si on pense à Guillaume le Conquérant(1), mais aussi dans caterpillar, (la chenille), qui vient du normand (encore Guillaume !) catepelose qui signifie chat poilu sans rapport apparent avec la chenille !

Pour finir le « tour d’Europe du poil » mentionnons quand même le mot allemand Plüsch et l’italien peluche empruntés au français du XVIIè (siècle pas arrondissement). L’allemand a également pris Paspel (passepoil) et le néerlandais pijl (brin, tige). (Source: Petit Robert)

Revenons à nos expressions populaires :

Avoir un poil dans la main ; Etre très paresseux (expression qui date du XIXe siècle).

Reprendre du poil de la bête ; Aller mieux après avoir été très malade. Reprendre l’avantage après avoir été en situation de faiblesse. Se dit souvent après un burn out.

– Ne plus avoir un poil sur le caillou ; Être chauve, où l’on retrouve la notion de cheveu.

Tomber pile poil ; Tomber ou arriver exactement comme il faut, au bon moment. Avec “au poil”, la précision ou l’exactitude sont également présentes.

Ne plus avoir un poil de sec ; Être trempé de sueur (effort ou  peur) accompagnant généralement le stress.

– Faire dresser les poils, ou les cheveux, sur la tête ; Eprouver de l’horreur, de la peur, c’est méconnaitre la communication bienveillante (CB).

Avoir du poil au menton ; Être suffisamment mûr (ne peut s’appliquer que très rarement à un élément féminin) pour faire quelque chose, on reparlera de la barbe plus loin.

– De tout poil ; De toute couleur de pelage et par extension de toute sorte. De tout acabit.

De bon, de mauvais poil ; A l’ origine, un pelage présentant une bonne, une mauvaise apparence, était l’indice d’une bonne ou d’une mauvaise santé. Est devenu : de bonne ou de mauvaise humeur.

À rebrousse-poil : A l’envers. Prendre quelqu’un à rebrousse-poil est le meilleur moyen de ne pas s’attirer sa sympathie ! Encore une expression qui ne connait pas la CB

Gibier à poil ; Gibier dont le corps est recouvert de poils, essentiellement lapin et lièvre par opposition au gibier à plumes.

Tomber sur le poil de quelqu’un ; Attaquer par surprise, mais aussi passer un savon !

À poil ; Nu. Expression assez vulgaire, et insultante pour les imberbes.

Couper les cheveux en quatre ; Détailler à l’excès, être trop tatillon ou méticuleux, c’est quelque fois mon cas.

Au nez et à la barbe de… ; En présence et en dépit de quelqu’un. En narguant quelqu’un. Cette expression date du XVe siècle et constitue une métaphore.
Elle comporte une notion d’hostilité de la part de celui qui commet l’acte.

Avoir un cheveu sur la langue ; Prononcer les sons «s » de façon particulière.

Se faire des cheveux blancs ; Se faire du souci.

Et sans doute, beaucoup d’autres expressions que ma mémoire défaillante (à cause de la réduction des dendrites du début) n’a pas retenues, plus toutes celles que mon éducation ne m’a pas permis de connaitre.

Toujours est-il qu’à ce stade de la réflexion, je n’ai toujours pas de réponse à ma question, tirée par les cheveux penseront certains.

En désespoir de cause, je condescends à parcourir les revues people.

         Peut-on être chauve et barbu ?

La réponse est oui, la preuve : Bruce WILLIS, Zinedine Zidane, Robert Hue, Harry Roselmack, Fabien Barthés et sans doute bien d’autres moins connus (par bienveillance, je n’ai pas cité les cas existants dans mon environnement immédiat).

La médecine doit pouvoir apporter réponse à ce phénomène très en vogue chez ceux qui veulent être à la mode.

De fait, barbe et chevelure sont gouvernées par les mêmes androgènes, les hormones mâles, telles que la testostérone. Sauf que, au niveau du sommet du cuir chevelu et des golfes frontaux, s’exerce très fortement l’action d’une enzyme, qui transforme la testostérone en dihydrotestostérone (DHT). Or, “la DHT accélère le cycle de fabrication des cheveux en raccourcissant leur durée de vie”, décrit Philippe Assouly, dermatologue.

Ouf c’est dit  et ce n’est pas de moi !

Conséquence : les follicules s’épuisent, leurs capacités de renouvellement s’amenuisent… et les tempes se dégarnissent !

Est-ce que c’est parce que les femmes ne produisent pas de testostérone qu’elles ne sont que très rarement chauve ?

A ce stade de l’observation, je ne peux passer sous silence l’existence de la « femme à barbe ».

La plus connue, Clémentine Clatteaux nait Le 5 mars 1865, dans une ferme des Vosges. A ses dix-huit ans sa lèvre supérieure s’orne d’un duvet prometteur qui souligne un joli visage très féminin. Dès lors, la jeune femme se rend régulièrement chez le barbier, mais elle tient à conserver fièrement sa moustache déjà très fournie. Elle épouse un jeune boulanger, Paul Delait le 28 avril 1885. La boulangerie prospère et les jeunes mariés décident d’ouvrir un café sur la place de l’Hôtel de ville de Thaon-les-Vosges qui deviendra rapidement célèbre sous le nom de « Café de la femme à barbe ».

          Mais pourquoi, certaines femmes ont-elles  de la barbe ?

La réponse nous est donnée sur le site de Monsieur Barbier qui distingue deux types de pathologies pouvant conduire à une pilosité excessive:

  • L’hypertrichose est le symptôme d’un dérèglement hormonal manifesté par un excès de poils au niveau des zones cutanées.
  • L’hirsutisme est une pilosité excessive chez la femme, au niveau des zones cutanées androgéno-dépendantes. les femmes méditerranéennes étant les plus touchées par ce phénomène, on n’écarte pas une origine génétique de l’hirsutisme.

 

Certes, la science comme la culture sont faites pour enrichir (y compris financièrement) l’humanité. Mais y aurait-il un lien entre « pilosité et virilité » ?

Selon l’anthropologue Christian Bromberger :

« Longtemps, dans nos sociétés, la barbe a été le symbole de la vieillesse, incarnée par le vieillard chenu à la longue barbe blanche ».  Aujourd’hui, elle est le symbole de la jeunesse, avec un côté performeur, la barbe étant celle d’un jeune adulte qui entre dans la vie sur le mode start-upeur. Cette inversion des codes laisse à penser qu’en matière de pilosité, il n’y a pas d’espéranto.» En effet, «la barbe d’aujourd’hui, entretenue et non hirsute, ointe et taillée avec une tondeuse à sabot n’est pas celle du révolutionnaire, ni de l’ermite», précise le spécialiste.

Si on ne peut faire correspondre systématiquement des traits pileux à des traits sociaux, puisque la façon dont sont perçus les poils de barbe varie suivant les époques, la barbe n’en reste pas moins appréhendée comme un indicateur de virilité.

En cause: la testostérone (encore elle !), mais aussi et surtout les coutumes séculaires sociales voire religieuses accordant un sens hautement symbolique, à la pilosité faciale.

L’historien Jean-Marie Le Gall écrit que «qui dit barbe, dit homme». Il cite le médecin britannique Thomas Hill, qui déclarait en 1571 que «l’homme seul est barbu, non les femmes» (Lapalisse avant l’heure). Reste que si la barbe est devenue un fort symbole de la virilité, c’est non seulement parce qu’elle permettait de distinguer les individus en deux catégories –hommes d’un côté, femmes de l’autre– mais aussi parce qu’elle est un élément visible en société au premier coup d’œil. «La pilosité faciale est la plus manifeste appartenance genrée», relève Christian Bromberger. Cette distinction paraissait alors socialement nécessaire. Preuve s’il en est que la barbe, quand on a le choix de la raser de près, de la laisser pousser trois jours ou de la porter fournie, est l’attribut de l’homme « adulte ».

D’ailleurs, comme le rappelle Jean-Marie Le Gall, au XVIIe siècle, selon Jean Riolan, le médecin d’Henri IV, «la finalité principale de la barbe est sexuelle».

Celui-ci soulignait que «la barbe est pour donner des indices de puberté et des avertissements aux parents de séparer les garçons et les filles en un temps où la faculté d’engendrer et la barbe sont des progrès égaux pour les jeunes gens».

Ces poils viennent «séparer les adolescents qui entrent dans l’âge de la sexualité» et distinguer en conséquence «l’homme sans sexualité de l’homme de la maturité virile», synthétise l’historien. Pour cette raison, la barbe «est censée exciter la libido féminine» et devient «une exhibition de la masculinité dans la force d’âge».

Pour autant, ce n’est pas parce que la barbe a servi à distinguer les hommes des femmes, puis les hommes entre eux qu’elle en devient une caractéristique virile machiste, insiste l’anthropologue Christian Bromberger. «Aujourd’hui, la barbe n’est pas du côté de la virilité agressive. De la masculinité, oui, mais de manière plus lisse.» (Ndlr : un pléonasme !)

C’est Cathy Delcros, écrivain public – biographe, qui apportera la réponse à ma légitime interrogation.

En fait, poils et cheveux sont faits par l’assemblage de cellules produites dans le follicule par kératinisation (ne pas confondre avec crétinisation, même si !), le follicule pileux étant la cavité dans laquelle ils prennent naissance, une sorte de petite poche d’épiderme où se logent leurs racines, dispositif très pratique pour les implants.

Mais la principale différence entre les poils et les cheveux réside dans leur croissance. Alors que le cheveu pousse indéfiniment, en continu, le poil stoppe sa croissance une fois sa grandeur maximale atteinte, puis est remplacé par un semblable.

Alors que c’est lors de la période estivale que l’on souhaiterait qu’ils hibernent, les poils choisissent justement l’été pour se développer.

Pourquoi ? Tout simplement parce que la circulation du sang s’accélère à l’arrivée des beaux jours, et que les racines des poils sont par conséquent davantage nourries. Le rayonnement du soleil étant plus intense, il booste la pousse des poils, y compris celle des barbes, ainsi que la croissance des ongles et des cheveux. En est-il de même avec la libido ?

 

Soleil et libido : un nouveau sujet des « délires de GG » pour l’été ?

 

 

GG juin 2019